Trouver le sens de votre vie (Partie 1/3) : Apprivoiser l'ennui

DDr. Arthur Brooks
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00:00:00"Je veux vous parler aujourd'hui de la quête de sens à travers l'ennui. Votre vie est-elle globalement ennuyeuse ?"
00:00:06C'est une phrase que j'entends souvent. Des gens me disent : "J'ai l'impression de vivre une simulation de vie ordinaire,
00:00:13et ce n'est pas très intéressant." Et vous n'aimez pas ça. Moi non plus. J'attends. Et je me souviens du moment
00:00:19où j'ai eu cette épiphanie : c'était la chose que j'aimais le moins dans ma vie. Nous détestons
00:00:25avoir un faible sentiment d'autonomie. Nous détestons ce lieu de contrôle externe. Nous voulons être
00:00:30aux commandes. Mais la nature s'en moque. Elle se fiche que cela vous plaise ou non. Il y a toutes sortes
00:00:35de choses que vous n'aimez pas et que la nature autorise. Vos préférences ne sont pas son problème.
00:00:40Et vous voyez où je veux en venir, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez trouver le sens de votre vie
00:00:44que si vous vous autorisez à vous ennuyer.
00:00:52Bonjour à tous. Bienvenue à Office Hours. Je suis Arthur Brooks, chercheur en sciences comportementales,
00:00:57dédié à élever les gens et à les unir par les liens du bonheur et de l'amour. Et cette émission
00:01:02explique comment y parvenir grâce à la science. Je veux partager ces idées avec vous car j'ai besoin de vous
00:01:07dans ce mouvement, pour élever les gens autour de vous. Je veux que vous deveniez des professeurs de bonheur,
00:01:12et cette émission est là pour vous y aider, en commençant par vous-mêmes. C'est une émission sur laquelle
00:01:17nous travaillons chaque semaine depuis longtemps, et elle rencontre un franc succès auprès du public. Merci
00:01:22à vous. Je sais que vous la recommandez à beaucoup de monde. C'est le bouche-à-oreille qui fait tout.
00:01:27Et cette semaine, je souhaite entamer une série d'épisodes consacrés à mon nouveau
00:01:34livre, "The Meaning of Your Life, Finding Purpose in an Age of Emptiness". Vous pouvez le voir juste ici.
00:01:38Il sort le 31 mars. J'espère que vous en prendrez un exemplaire ou, pourquoi pas, quelques milliers
00:01:44pour les offrir à vos amis les plus proches. Je veux parler de ce livre et de ce qu'il contient
00:01:49sur la difficulté de trouver du sens dans la vie ordinaire. C'est, comme toujours,
00:01:54l'occasion pour moi d'évoquer ce que je considère comme le plus grand problème. Mais aussi, comme vous le savez
00:01:59si vous suivez régulièrement l'émission, c'est l'opportunité pour nous de faire quelque chose de formidable
00:02:03pour le monde. Car dans chaque problème se cachent les plus grandes opportunités. Si vous n'aviez aucun
00:02:08problème, il n'y aurait aucune opportunité. La faiblesse est une force. C'est l'un des principes
00:02:12fondamentaux des sciences comportementales, mais c'est aussi un principe de bon sens sur terre.
00:02:17Alors si vous voyez une crise de sens, le sens de la vie, c'est une chance de trouver le vôtre
00:02:22et d'aider les autres à trouver le leur également. Je vais donc consacrer quelques épisodes à ce livre.
00:02:27Maintenant, j'aimerais savoir ce que vous pensez de cette émission, de cet épisode et de cette série.
00:02:32Faites-moi part de vos retours. Envoyez vos réflexions
00:02:38à officehours@arthurbrooks.com, l'adresse affichée juste en dessous. Et n'oubliez pas
00:02:42de laisser un avis sur Spotify, Apple, YouTube ou là où vous nous regardez ou nous écoutez
00:02:49aujourd'hui. De plus, comme je veux parler davantage de ce livre et que vous voudriez peut-être
00:02:54en savoir plus, rendez-vous sur le site du livre, themeaningofyourlife.com, l'adresse
00:02:59qui s'affiche à l'écran. C'est tout attaché, themeaningofyourlife.com, pour vous informer sur
00:03:03un grand événement virtuel auquel vous pourrez assister depuis chez vous. Je l'animerai
00:03:10le 27 mars. Vous pourrez ainsi approfondir le sujet. C'est totalement gratuit. Et vous en apprendrez
00:03:16bien plus grâce au livre lui-même. Je veux parler aujourd'hui de la quête de sens
00:03:21par l'ennui. L'ennui est un sujet que j'ai énormément étudié. C'est un domaine d'intérêt majeur
00:03:28tant pour les psychologues que pour les neuroscientifiques. Et vous n'aimez pas ça. Moi non plus. Mais
00:03:34que cela vous plaise ou non, vous en avez besoin, et je vais vous dire comment l'intégrer sérieusement
00:03:40à votre quête d'une vie pleine de sens. Comment rendre cela non seulement plus facile, mais en faire
00:03:46quelque chose que vous pourriez même attendre avec impatience. Je veux parler de repenser certaines parties de votre vie
00:03:51que vous pensiez ennuyeuses, mais qui en réalité sont ce qui vous aidera à comprendre
00:03:57qui vous êtes vraiment. Restez à l'écoute pour découvrir pourquoi. Laissez-moi d'abord vous raconter
00:04:03comment j'ai commencé à m'intéresser à ce sujet précis. Cela remonte à bien avant que je ne sois
00:04:08chercheur en sciences comportementales. Comme certains le savent, pour avoir suivi mon travail,
00:04:11j'ai commencé ma carrière en tant que musicien. À 19 ans, j'ai quitté l'université car j'étais
00:04:17musicien classique. C'est tout ce que je voulais faire. Et on n'a pas besoin de licence pour être
00:04:22musicien classique quand on passe une audition pour un orchestre ; personne ne vous demande où vous avez étudié.
00:04:27Je suis donc parti en tournée. En fait, je n'ai pas commencé par un orchestre, mais par la musique de chambre.
00:04:31Je jouais dans un quintette de cuivres. J'étais sur la route environ sept mois par an dès mes 19 ans.
00:04:36Je suis donc un habitué invétéré des voyages. Aujourd'hui, je voyage 48 semaines par an pour des tournées,
00:04:42des conférences et les médias. C'est devenu un mode de vie qui a commencé à l'adolescence.
00:04:47Le bonheur, c'est la route. J'adore ça, à vrai dire. Je ne déteste pas
00:04:52les Courtyard Marriott, ni les aéroports. Pas du tout. Mais il y a une chose que je n'aime pas dans
00:04:57tous ces voyages que je fais depuis que je suis jeune, de ma carrière de musicien classique à
00:05:03aujourd'hui. Il y a des décennies, j'ai réalisé que je détestais attendre. Je déteste attendre. Et je me souviens
00:05:10quand j'ai eu cette épiphanie : c'était ce que j'aimais le moins dans ma vie. Nous n'avions pas d'argent
00:05:14quand je faisais de la musique de chambre en tournant partout. J'étais d'ailleurs en tournée avec le grand
00:05:20guitariste de jazz Charlie Byrd, qui a fait découvrir la bossa nova au public américain. Nous étions
00:05:27quelque part, dans le Dakota du Nord ou ailleurs, ce qui est magnifique au passage. Mais je mangeais chez Howard Johnson.
00:05:33Pour les plus jeunes, c'était une chaîne de motels et de restaurants très populaire à l'époque.
00:05:42C'était de la cuisine de cafétéria classique. Je devais prendre mon déjeuner ou mon dîner là-bas.
00:05:46J'étais assis chez Howard Johnson, et j'ai réalisé que ce qui m'énervait
00:05:50n'était pas le fait de manger un sandwich au fromage fondu avec du chili ou je ne sais quoi,
00:05:56ce que je ne mangerais plus aujourd'hui. Le problème, c'est que j'entre, je m'assieds et j'attends. J'attends
00:06:02qu'on m'apporte le menu. Puis j'attends qu'on prenne ma commande. Ensuite j'attends
00:06:07mon plat. Et enfin j'attends l'addition. Je ne fais qu'attendre tout le temps, et ça me rend dingue.
00:06:13Je n'aime pas ça du tout. Alors, que pouvais-je faire pour changer cela ? J'ai commencé à instaurer
00:06:17des routines pour me faciliter la tâche. En entrant dans un restaurant,
00:06:21je commandais tout de suite avant même de m'asseoir. Et quand on m'apportait mon déjeuner,
00:06:27je demandais l'addition en même temps. J'essayais de mettre au point tous ces protocoles
00:06:33ingénieux. Jusqu'au moment où j'ai eu une révélation. La seule façon de résoudre ce problème,
00:06:40car on ne résoudra jamais le problème de l'attente. On ne peut pas le résoudre,
00:06:43parce que vous devrez toujours attendre votre avion. Désolé, on n'y peut rien. Vous allez
00:06:46attendre pour vos courses. Vous attendrez toujours. La solution pour ne plus être
00:06:51amer n'était pas de changer le monde, mais de commencer à me changer moi-même. Je devais changer l'intérieur,
00:06:58pas le monde extérieur. Il y a plein de choses faisables, et je les fais encore.
00:07:01Mais en vérité, je me suis senti plus à l'aise avec ce qui me dérangeait le plus dans l'attente :
00:07:07mon ennui. Et quand j'y suis parvenu, j'ai réalisé que ce confort face à ce que je devais
00:07:14endurer entraînait de grands résultats sur mon bonheur. C'est ce dont je veux parler aujourd'hui.
00:07:22Car en acceptant de m'ennuyer, je ne le savais pas alors mais je le sais maintenant,
00:07:27j'utilisais mon cerveau de manière à exercer les parties dont j'ai besoin
00:07:33pour déterminer le sens de ma vie. Et c'est peut-être exactement ce dont vous avez besoin aussi.
00:07:38Alors, le problème avec l'attente, comme je le disais, c'est que quand on ne fait rien,
00:07:44parce que rien ne nous occupe, c'est incroyablement ennuyeux. Et nous détestons l'ennui.
00:07:49Je n'ai probablement pas besoin de vous en convaincre. Mais bien sûr, les chercheurs en sciences
00:07:54comportementales ont testé notre aversion pour l'ennui, à quel point nous n'aimons pas ça,
00:07:58c'est-à-dire ne rien faire ou utiliser son temps de façon improductive, quand le contrôle nous échappe ;
00:08:05nous détestons cela. Mon collègue de Harvard, Dan Gilbert, a fait ces superbes expériences
00:08:09où les gens doivent rester assis dans des pièces à ne strictement rien faire. Plusieurs de ces expériences
00:08:15sont assez intéressantes. Les participants, souvent des étudiants parce qu'ils
00:08:19feraient n'importe quoi pour 20 dollars, sont emmenés au laboratoire et doivent regarder des films.
00:08:23Il y a trois types de films : des films tristes, neutres ou ennuyeux. Disons,
00:08:30une tragédie, une aventure basique, ou peut-être un film d'auteur français,
00:08:36réputé pour être très, très ennuyeux. Désolé pour tous mes amis du cinéma d'art et d'essai français.
00:08:41Bref, on leur donnait ensuite une sorte de télécommande
00:08:45avec un bouton pour s'auto-administrer un choc électrique. C'est assez douloureux d'ailleurs,
00:08:51je ne sais même pas comment c'est passé devant le comité d'éthique de l'université.
00:08:55Mais les gens qui regardaient les films se donnaient parfois des décharges, et les chercheurs ont vu
00:09:01qu'ils se choquaient beaucoup pendant les films ennuyeux. En d'autres termes, les gens préfèrent la douleur à l'ennui.
00:09:07Vous êtes là et vous vous dites : "Bon sang, ce film n'avance pas." Allez, hop, une décharge. On a aussi trouvé
00:09:14dans plusieurs de ces expériences qu'en moyenne, environ 25 % des femmes se choquaient,
00:09:19contre environ deux tiers des hommes. C'est un autre problème. Cette différence entre les hommes
00:09:24et les femmes dans leur propension à choisir la douleur plutôt que l'ennui explique peut-être bien des choses.
00:09:30Je mettrai dans les notes de l'émission des liens vers ces études intéressantes. L'une d'elles a été publiée dans
00:09:34"Psychiatry Research" en 2016. "La douleur auto-infligée par ennui", ça résume bien la chose, et vous
00:09:40pouvez voir comment ils ont mené les expériences. C'est très bien fait. Alors pourquoi font-ils ça ?
00:09:45La réponse est que nous détestons avoir un faible sentiment d'autonomie. Nous détestons ce lieu de
00:09:52contrôle externe. Nous voulons être aux commandes. Quand quelque chose d'autre nous contrôle, c'est désagréable.
00:09:58Et le résultat est que nous voulons reprendre le contrôle ; se donner un choc est une façon
00:10:02de reprendre la main sur ce qui se passe. S'ennuyer, c'est comme attendre
00:10:08un vol retardé. Vous savez tous ce qu'on ressent quand un vol est retardé et que vous attendez,
00:10:13et que toutes les 15 minutes, on vous donne une info. On vous dit : "Oui, le vol
00:10:18en provenance de telle ville a du retard", puis "il y a un souci technique", ou "on doit changer d'équipage",
00:10:24ou encore "une hôtesse est sur un vol de correspondance et n'est pas encore là". Il se fait de plus en plus tard.
00:10:28Et on ressent ce sentiment d'impuissance. Alors vous perdez votre temps
00:10:33sur votre téléphone, mais vous détestez ça. Ne me dites pas que vous adorez jouer au solitaire. C'est faux.
00:10:39Vous le faites pour vous distraire. De quoi ? De ce sentiment de frustration et d'ennui, car l'ennui
00:10:46lui-même est désagréable. C'est d'ailleurs un point intéressant, car l'un des grands
00:10:52paradoxes est la façon dont l'ennui modifie notre perception du temps. J'ai beaucoup
00:10:58écrit et travaillé sur notre perception du temps. Quand vous n'êtes pas engagé dans
00:11:03quelque chose et que vous faites attention au temps, celui-ci semble ralentir. Évidemment, il ne ralentit pas.
00:11:09Mais quand vous n'y prêtez pas attention et que vous faites quelque chose de vraiment
00:11:12divertissant, le temps semble passer très vite. À l'extrême, c'est ce que le grand
00:11:18psychologue social Mihaly Csikszentmihalyi a décrit dans son livre "Flow". Le flux, c'est quand les heures deviennent des minutes.
00:11:26Et la raison en est que vous vous perdez dans une tâche précise. Vous savez tous ce que
00:11:30cela fait. Pour moi, c'est quand j'écris et que je suis dans la zone. On se dit : "Wow, quatre heures déjà",
00:11:36surtout si j'ai bien préparé ma matinée pour optimiser la chimie de mon cerveau. Revenez
00:11:42à cet épisode si vous voulez, sur mon protocole matinal en six étapes. C'est l'une de mes premières émissions.
00:11:46Elle a fait un million et demi de vues. Les gens voulaient vraiment connaître ces protocoles.
00:11:50Ce qu'ils font, c'est qu'ils vous préparent neurochimiquement pour entrer plus facilement dans un état de flux.
00:11:55Et c'est vraiment très plaisant. Mais ici, nous parlons du contraire, pas de l'état de flux," : "Mais ici, nous parlons du contraire, pas de l'état de flux,
00:12:00mais de l'état d'anti-flux où vous ne faites rien, où il ne se passe rien, ce qui vous frustre
00:12:05et vous fait surveiller l'heure. Et le temps ralentit. Il existe plein d'expériences
00:12:10intéressantes là-dessus. Dans l'une d'elles, des personnes souffrant d'arachnophobie sont exposées
00:12:16à des photos d'araignées. On leur demande ensuite d'estimer le temps passé à regarder
00:12:20ces images. Inévitablement, ils pensent les avoir regardées pendant
00:12:2415 minutes alors que cela n'a duré que 15 secondes. Je mettrai cet article dans les notes,
00:12:30au cas où vous seriez arachnophobe. Mais vous connaissez aussi cela en faisant
00:12:34certains exercices. Par exemple, je fais la planche tous les jours. C'est excellent pour le tronc et
00:12:40le dos. Comme j'ai souvent mal au dos, je dois le faire. Mon kiné me dit : "Oui, il faut faire la planche".
00:12:46Deux minutes par jour. Je me dis : "Deux minutes, je peux le faire". Mais ces deux minutes paraissent longues.
00:12:49C'est plus facile qu'avant car je suis plus fort, mais je ne quitte pas le minuteur
00:12:55des yeux. Ce sont les deux minutes les plus longues de ma journée, quand je suis à la salle
00:13:01le matin. C'est comme ça que ça marche. C'est le paradoxe de l'ennui : une utilisation ennuyeuse du temps
00:13:09donne l'impression de durer plus longtemps qu'une activité stimulante. Ce n'est pas le temps lui-même,
00:13:15c'est sa perception. Et cela mène à ce cercle vicieux : vous n'avez rien à faire,
00:13:22donc vous vous ennuyez, ce qui vous rend malheureux. Le temps semble alors ralentir, et quand il ralentit,
00:13:29l'ennui augmente. Et le cycle tourne sans fin. C'est intéressant car, dans mes travaux
00:13:32sur l'abus d'alcool et de substances, j'ai vu que les deux principaux facteurs prédictifs de l'alcoolisme
00:13:37sont l'anxiété et l'ennui. Les gens qui s'ennuient beaucoup boivent
00:13:44pour tromper l'ennui. Mais bien sûr, la vie devient incroyablement ennuyeuse
00:13:47quand on ne fait plus rien d'intéressant à cause de l'alcool, alors on boit encore plus.
00:13:52C'est la même chose avec l'anxiété. Si vous êtes quelqu'hui de très anxieux, l'alcool est
00:13:57très efficace à court terme, car il coupe littéralement la connexion
00:14:02entre le système limbique du cerveau, là où naissent les sentiments d'anxiété
00:14:09en lien avec vos hormones de stress, et votre cortex préfrontal où vous avez conscience
00:14:14de cette anxiété. Vous êtes toujours anxieux, mais vous ne le savez plus. L'alcool coupe ce lien.
00:14:19Mais bien sûr, l'anxiété revient en force le lendemain, et vous l'êtes encore plus. On entre dans ces cycles.
00:14:24C'est le problème de l'ennui. C'est le même genre de spirale que nous connaissons avec
00:14:29les substances addictives. Alors voici la question : pourquoi l'évolution a-t-elle permis cela ?
00:14:36Pourquoi nous arrive-t-il de nous ennuyer ? Pourquoi n'avons-nous pas éliminé cela
00:14:41au cours de la biologie évolutive ? En voici la raison. Premièrement, la nature s'en moque. Elle
00:14:49se fiche que cela vous plaise ou non. Il y a toutes sortes de choses que vous n'aimez pas et que la nature
00:14:52autorise. Vos préférences ne sont pas son problème, franchement. Votre bonheur n'est pas le souci de la nature.
00:14:57Si vous devez retenir quelque chose de cette émission, c'est que vous devez prendre
00:15:01le contrôle de votre propre bonheur en vous opposant à vos penchants naturels. C'est ainsi que l'on vit
00:15:06dans l'aspiration morale, et non dans l'impulsion animale. C'est un cas d'école.
00:15:12La nature se moque que vous soyez déprimé parce que vous vous ennuyez. C'est la première raison.
00:15:17Mais il y a en fait toute une série de bénéfices qui découlent de l'ennui. Et c'est le point crucial.
00:15:21C'est pourquoi je fais cet épisode en lien avec ce nouveau livre. Quand vous vous ennuyez,
00:15:26pensez à ce qu'est le "rien". Il n'y a rien à faire. Quand vous êtes seul avec vos pensées,
00:15:30un ensemble de structures dans votre cerveau s'active, ce que les neuroscientifiques appellent
00:15:36le réseau du mode par défaut (RMD). Il s'agit essentiellement de trois structures cérébrales :
00:15:43le cortex préfrontal médian, le cortex cingulaire postérieur et le lobule pariétal
00:15:50inférieur. Ces trois parties ont quelques fonctions communes. Elles vous permettent, ou plutôt
00:15:57elles vous obligent à l'introspection : penser à vous, à votre vie,
00:16:03au mystère et à ce qui se passe autour de vous. On ne pratique pas tant que ça l'introspection.
00:16:08Bien sûr, on pense à soi : mon boulot, ma voiture, mon sandwich, mon argent, mais pas vraiment
00:16:15aux choses profondes. L'introspection est pourtant nécessaire pour comprendre
00:16:21le sens de sa vie. Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Pourquoi les choses se passent-elles ainsi ?
00:16:27Quels sont mes buts ? Mes directions ? Pourquoi ma vie compte-t-elle ? C'est cela, l'introspection.
00:16:34Et au passage, ce sont les grandes questions. Ce sont les questions profondes dont je parlerai dans
00:16:38un futur épisode et qui constituent les trois piliers du sens. Le sens, c'est d'abord la cohérence : pourquoi
00:16:44les choses arrivent-elles ainsi ? Le but : pourquoi fais-je ce que je fais ? Et la portée : pourquoi
00:16:50ma vie est-elle importante ? Ce sont les trois grands "pourquoi" du sens selon les psychologues et les philosophes.
00:16:55Et c'est exactement ce que vous commencerez à évaluer naturellement et involontairement lors de" : "Et c'est exactement ce que vous commencerez à évaluer naturellement et involontairement lors de
00:17:01l'introspection, quand le réseau du mode par défaut de votre cerveau s'éclaire,
00:17:06ce qui arrive quand vous vous ennuyez. Mais seulement quand vous vous ennuyez. On ne peut pas juste l'allumer.
00:17:10Il faut le laisser s'activer. C'est le petit tour de passe-passe de la nature. Et vous voyez
00:17:18où je veux en venir : vous ne pouvez trouver le sens de votre vie que si vous acceptez de
00:17:22vous ennuyer. Et si vous refusez l'ennui en l'éliminant par... nous en reparlerons
00:17:28dans un instant, vous n'utiliserez plus votre cerveau de la manière dont il a besoin
00:17:33pour que vous trouviez le sens de votre vie. Maintenant, quand cela arrive-t-il naturellement ?
00:17:40Sous la douche, n'est-ce pas ? Vous remarquerez que vos meilleures idées surviennent sous la douche,
00:17:45les épiphanies arrivent et vous réalisez certaines choses sur votre vie. Pourquoi ? En voici la raison.
00:17:50C'est probablement parce que vous n'avez pas votre téléphone avec vous. Enfin, je sais que certains se disent :
00:17:54"Si, j'ai mon téléphone." Sortez votre téléphone de là, pour l'amour du ciel. Il est étanche, d'accord, mais quand même.
00:18:00Je reviendrai sur ce point dans un instant car vous voyez où je veux en venir.
00:18:04Je vous amène vers les façons dont nous avons appris à éliminer l'ennui,
00:18:09les inventions qui le permettent et leur rôle dans l'effacement du sens de la vie.
00:18:12J'y arriverai, croyez-moi, mais je veux poser une autre question avant cela. Pourquoi maintenant ?
00:18:21Pourquoi est-ce que, pour la première fois dans l'histoire, nous vivons cette crise de sens ?
00:18:28En fait, ce n'est pas exclusif à notre époque. Je me penche sur l'autobiographie de Léon Tolstoï,
00:18:33probablement le plus grand existentialiste russe avec Dostoïevski. Il y a un
00:18:40regain d'intérêt chez les moins de 30 ans aujourd'hui pour les existentialistes russes.
00:18:46C'est une tendance que je remarque chez mes étudiants. Les gens sont très intéressés.
00:18:52Dans son autobiographie, Tolstoï raconte qu'à 51 ans, il voulait en finir.
00:18:57Il voulait mettre fin à ses jours. Et vous vous dites : “C'est sûrement parce
00:19:02qu'il est écrivain. C'est un artiste torturé. Il était sûrement pauvre et la vie était dure,
00:19:07surtout dans la Russie des années 1890.”. Non, pas du tout. Ce n'est pas la raison.
00:19:13Léon Tolstoï était l'écrivain le plus célèbre de son temps. Riche, célèbre,
00:19:18nommé plusieurs fois au prix Nobel de littérature. Il a eu un mariage qui a duré toute sa vie.
00:19:23Il n'avait pas de relations bizarres. Son mariage était complexe, ils se disputaient beaucoup,
00:19:27mais ils ont eu 13 enfants, donc quelque chose fonctionnait. Ils s'aimaient assez pour ça.
00:19:33Ce n'est pas pour ça qu'il était si profondément déprimé. Tolstoï l'était car il ne trouvait pas
00:19:38le sens de sa vie. Cela ressemble étrangement à ce que tant de gens me disent aujourd'hui.
00:19:44Il était en avance sur son temps. Si vous luttez, vous êtes un Tolstoï des temps modernes.
00:19:50Car il disait : “Je me suis tourné vers mon art, mon écriture, mon travail.”
00:19:55À un moment, il s'est tourné vers la science car elle révélait tout,
00:20:00ce qui correspondrait aujourd'hui à la technologie. L'IA va trouver le sens
00:20:04de ma vie aujourd'hui, n'est-ce pas ? À l'époque, c'était la biologie et les mathématiques
00:20:09qui expliquaient tout avec une certitude absolue. Mais ça n'a pas marché non plus.
00:20:16Au final, il avait le sentiment que sa vie n'avait aucun sens. Qu'elle ne valait pas
00:20:20la peine d'être vécue. Jusqu'à ce qu'il décide, dans un dernier effort, de s'enfuir temporairement.
00:20:31Il est parti quelques mois pour réfléchir : “Dois-je en finir ?”. Il est allé dans un petit village
00:20:38loin de Moscou. Là-bas, il a vécu parmi de simples paysans russes, surtout des fermiers.
00:20:46Ils ne savaient pas qui venait d'arriver. Pour eux, c'était juste un homme
00:20:50avec une barbe. Tolstoï, l'écrivain le plus célèbre, leur était inconnu car
00:20:55ils étaient illettrés, ce qui était exactement ce qu'il recherchait.
00:21:01Il voulait juste la paix et le calme. Pas de demandes d'autographes. Et ce qu'il a découvert,
00:21:06c'est que ces gens avaient un but. Ce n'était pas parce qu'ils étaient simples ou ignorants.
00:21:14Pas du tout. Il disait qu'ils trouvaient énormément de sens dans leur vie ordinaire,
00:21:19leur foi simple, leurs relations familiales, leurs amitiés proches,
00:21:24les choses qu'ils faisaient ensemble, la façon dont ils s'investissaient dans leur travail,
00:21:29leur labeur agricole. Ils trouvaient du sens dans ces choses ordinaires et démodées.
00:21:36C'est ce qui lui a sauvé la vie : réaliser qu'il devait vivre comme les gens d'autrefois.
00:21:42Et voici mon point : si vous luttez avec le sens de la vie, comme des millions de gens aujourd'hui,
00:21:48sachez que c'était rare à l'époque de Tolstoï, mais plus maintenant. Vous devez
00:21:56intégrer son épiphanie dans votre vie. Pourquoi votre arrière-grand-père ne rentrait jamais
00:22:03du travail en disant à sa femme : “Chérie, j'ai fait une crise de panique
00:22:09derrière ma mule aujourd'hui.”. Non. C'est parce que son cerveau fonctionnait comme il le devait.
00:22:16Ça n'existait pas. L'inondation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien,
00:22:23l'axe HPA, ne se produisait pas. Le système surrénalien ne paniquait pas car
00:22:28son cerveau fonctionnait normalement. Voici l'ironie de la vie de votre arrière-grand-père
00:22:34par rapport à la vôtre. Sa vie, instant après instant, derrière cette mule ou sa machine,
00:22:40était objectivement assez ennuyeuse. Il n'avait pas de téléphone, rien.
00:22:47Il devait juste vivre l'instant présent. Objectivement, sa vie était
00:22:53assez monotone, de la même manière que je me plains de la mienne parfois.
00:22:59Mais à la fin de sa vie, je vous garantis qu'à ses funérailles, sa veuve n'a pas dit :
00:23:05“Sa vie était barbante.”. Car elle ne l'était pas. Ses journées l'étaient, mais pas sa vie.
00:23:12Maintenant, pensez à votre vie. Vous n'êtes probablement jamais ennuyé car vous avez
00:23:18trouvé un moyen d'éliminer l'ennui à chaque instant.
00:23:22Mais votre vie globale est-elle ennuyeuse ? Je l'entends souvent. Des gens me disent :
00:23:29“J'ai l'impression de vivre une simulation de vie ordinaire.”. Et ce n'est pas très intéressant.
00:23:37C'est parce que l'élimination de l'ennui immédiat crée une vie ennuyeuse. C'est l'opposé.
00:23:46C'est ce que Tolstoï a compris, et nous devons découvrir comment faire de même.
00:23:51Cette série sur le sens de la vie parlera de vivre d'une manière “néo-démodée”.
00:23:58Il faut comprendre comment la technologie a rendu cela plus difficile,
00:24:04mais nous verrons des moyens pratiques d'y arriver tout en restant des humains modernes.
00:24:09Parlons un instant de ce que j'appelle la “boucle infernale” dans laquelle vous êtes peut-être.
00:24:16La médecine des addictions vise toujours, au début du sevrage,
00:24:25à briser cette boucle infernale. Par exemple, vous ressentez de l'ennui,
00:24:32de l'anxiété, ou les deux, et vous vous mettez à trop boire sur le long terme.
00:24:37Cela mène à une vie objectivement plus morne, à plus d'anxiété,
00:24:42et donc à une escalade. C'est un piège, une boucle. Je bois, le problème empire.
00:24:49Je bois plus, le problème empire. Et on ne sait pas comment s'arrêter, n'est-ce pas ?
00:24:54Eh bien, nous sommes aussi dans une boucle infernale. Vous vous ennuyez, alors que faites-vous ?
00:25:01Vous sortez l'appareil anti-ennui de votre poche, n'est-ce pas ? Je suis au feu rouge.
00:25:06C'est long. Je ne veux pas attendre trois minutes.
00:25:13Vous sortez le téléphone. Vous regardez les notifications, vos messages. Vous savez qu'il n'y a rien.
00:25:19Vous essayez d'empêcher le “réseau du mode par défaut” de s'activer car
00:25:23c'est inconfortable. C'est frustrant. Vous n'aimez pas ça. L'appareil sert d'interrupteur
00:25:31pour couper ce réseau. Résultat : vous ne comprenez plus le sens de votre vie,
00:25:37votre capacité à gérer l'ennui diminue, la dépression et la solitude augmentent.
00:25:43Cela arrive quand on n'évalue plus le sens de sa vie. Et cela mène à l'escalade.
00:25:48“Autant regarder mon écran.”. Et voilà la crise, l'addiction et la simulation
00:25:54d'une vie réelle. C'est la boucle infernale. Elle tourne en rond sans fin.
00:26:00Cela ronge votre bonheur. Cela ronge la profondeur que vous ressentez
00:26:06envers votre propre existence. C'est un problème que vous devez et voulez résoudre.
00:26:11Si vous regardez encore cet épisode, c'est que vous êtes déterminé
00:26:16à le faire et je veux vous y aider. Cela demande
00:26:24un rapport différent à vos appareils et à votre ennui.
00:26:31Commençons par la première partie : un nouveau rapport à vos appareils. J'ai déjà fait
00:26:34une émission sur l'addiction au téléphone et un protocole complet, je ne vais pas
00:26:39tout répéter. Disons simplement que vous devez changer votre comportement,
00:26:44pas jeter votre téléphone, pour briser cette boucle. Pour arrêter ça,
00:26:49ce n'est pas l'abstinence, c'est la modération. Notamment parce que si je vous disais
00:26:54de vous en passer totalement, vous ne le feriez pas car c'est impossible. Accès à la banque,
00:26:58prendre l'avion... vous devez avoir ce truc dans votre poche, et puis
00:27:02votre mère va vous appeler, et c'est une bonne chose. Voici l'essentiel à faire :
00:27:07Il vous faut des moments sans téléphone, des zones sans téléphone et des jeûnes numériques.
00:27:15Les moments sans téléphone dont j'ai déjà parlé sont d'abord la première heure de la journée.
00:27:20Ne regardez pas votre téléphone la première heure. Beaucoup de programmation neuronale
00:27:24se joue à ce moment-là. Vous vous préparez pour une journée où votre cerveau
00:27:27sera bien utilisé, mais pas si c'est la première chose que vous voyez au réveil.
00:27:31Il est là, à côté de vous, et vous commencez immédiatement à scroller.
00:27:36C'est catastrophique. Le deuxième moment, c'est juste avant de dormir. En partie à cause
00:27:41de la lumière bleue qui perturbe l'épiphyse et réduit la production
00:27:46de mélatonine naturelle, ce qui gâche votre sommeil. Vous le savez. Mais aussi
00:27:52parce que vous devez réfléchir au sens de votre vie. Votre réseau du mode par défaut
00:27:56doit s'activer avant de dormir car le sommeil est un temps précieux. Il est crucial
00:28:01que votre cerveau fonctionne correctement avant de s'endormir.
00:28:06Vous dormirez mieux et votre sommeil vous aidera à mieux comprendre le sens de votre vie.
00:28:10Le dernier moment, c'est celui des repas, et c'est lié à l'évolution.
00:28:15Nous, Homo sapiens, avons encore des cerveaux adaptés aux conditions
00:28:20du Pléistocène d'il y a 250 000 ans. Notre façon de comprendre le sens de la vie
00:28:27passe par la discussion en mangeant en groupe, comme quand on mangeait du yak
00:28:33autour d'un feu en se regardant dans les yeux. Cela libère de l'ocytocine, un neuropeptide
00:28:40très plaisant. On crée des liens et on trouve du sens ainsi. Mais si
00:28:44votre téléphone est sur la table, le simple fait de voir cet objet inanimé et d'imaginer
00:28:50les notifications que vous manquez interrompt le flux d'ocytocine.
00:28:55C'est pourquoi le téléphone ne devrait même pas être sur la table. C'est tout.
00:29:00Première heure, dernière heure, repas. C'est tout. Les zones sans téléphone incluent
00:29:05surtout la chambre. Pas de téléphone dans la chambre, sinon vous dormirez mal.
00:29:10Une fois habitué au protocole, vous pourrez l'avoir car vous ne le regarderez plus.
00:29:15Le mien est dans ma chambre, il me sert de réveil, mais je ne le touche pas
00:29:19la nuit car j'ai perdu cette habitude. Mais cela prend du temps. J'ai dû laisser
00:29:23mon téléphone... ce que je fais d'ailleurs souvent quand je suis chez moi.
00:29:28La moitié du temps où je suis chez moi, mon téléphone est enfermé dans un placard
00:29:34à un autre étage. Il vous faut quelque chose comme ça. Cal Newport, qui enseigne
00:29:40à Georgetown et écrit sur l'optimisation du temps, a sa méthode du foyer.
00:29:46Quand il rentre, le téléphone reste dans l'entrée. Il doit y aller exprès
00:29:50s'il veut le consulter. Il est encore plus radical que moi. Et puis,
00:29:54évidemment, dans les salles de classe. Je milite depuis des années pour les en sortir.
00:30:01La moitié des États autorisent encore l'usage sans restriction, c'est de la folie.
00:30:08C'est la faute de politiciens et de responsables scolaires sans volonté. Ça ne
00:30:13devrait pas arriver. Enfin, vous avez besoin de temps sans lui chaque année.
00:30:16Prenez au moins quatre jours par an sans téléphone. Juste ça. Pas besoin de le jeter à la mer
00:30:21ni d'entrer au monastère, sauf si c'est votre truc. Faire cela brisera
00:30:26la boucle infernale. C'est une détox. Vous changerez le fonctionnement de votre cerveau
00:30:32et vous pourrez activer à volonté le réseau du mode par défaut pour réintroduire
00:30:39cette idée cruciale de l'ennui béni. C'est ainsi que votre cerveau doit fonctionner.
00:30:45La deuxième partie est la pratique de l'ennui. Ça doit devenir une habitude.
00:30:50On n'aurait jamais eu besoin de dire à arrière-grand-père : “Va pratiquer l'ennui.”
00:30:56Il aurait dit : “De quoi tu parles ? C'est stupide. Je m'ennuie tout le temps !”.
00:31:01Mais vous, vous en avez besoin car vous ne l'êtes jamais. Il faut simuler
00:31:06cet environnement ancien. Il y a plusieurs façons de faire. Par exemple,
00:31:10je recommande de faire du sport sans écouteurs. Je le fais au moins une fois par semaine,
00:31:15surtout quand je réfléchis à un problème complexe au travail. Pas une crise,
00:31:21mais quand j'écris une chronique pour la Free Press. Je dois trouver un angle,
00:31:26quelque chose d'intéressant. C'est la partie difficile qui demande une épiphanie.
00:31:31Et je n'aurai pas d'épiphanie si je ne m'ennuie jamais, franchement.
00:31:36C'est quand on s'ennuie que ça arrive. C'est “l'effet douche
00:31:40Je préfère m'entraîner une heure et prendre une douche de deux minutes.
00:31:46Quand j'ai besoin d'une idée, je n'utilise pas d'écouteurs pendant ma séance
00:31:51et ça marche pareil, car le mode par défaut s'active. Surtout
00:31:56en cardio de zone 2. L'idée finit par venir. Forcément, car j'utilise mon
00:32:01cerveau comme il a été conçu. Lors de mes trajets, ce qui arrive souvent,
00:32:06même si c'est surtout en avion... Si je fais Boston-Washington,
00:32:11ce qui est fréquent pour moi, ou New York-DC, des vols courts,
00:32:16je ne prends pas le Wi-Fi, je ne sors pas mon ordinateur. Je reste assis.
00:32:22J'utilise le trajet ainsi. Ou lors d'un long trajet en voiture. C'est magnifique.
00:32:26Au début on se dit : “Oh, je dois faire un truc.”, puis : “C'est bien.”. Une fois
00:32:32habitué, vous y accorderez beaucoup de valeur. Certains de mes étudiants
00:32:37à la Harvard Business School utilisent les longs vols pour ça. Il y a
00:32:44une expression un peu crue pour ça que je ne citerai pas car c'est une émission familiale.
00:32:49Ils fixent le siège devant eux. Certains font ça sur des vols de six ou sept heures.
00:32:55Pas de divertissement, pas de nourriture, pas de sommeil, pas de toilettes. C'est radical.
00:33:00Mais le but est de ramener cela dans votre vie. Dans la littérature sur
00:33:06la méditation, c'est ce qu'on appelle la pratique de la pleine conscience.
00:33:12C'est difficile car beaucoup trouvent ça ennuyeux, et nous gérons mal
00:33:17l'ennui. On voit souvent la pleine conscience comme une technique
00:33:22bouddhiste exotique, mais ce n'est pas si sophistiqué. Ma collègue
00:33:27à Harvard, Ellen Langer, du département de psychologie, a écrit le premier grand livre
00:33:33à ce sujet qui a conquis l'Occident. Il s'appelle “Mindfulness”, elle l'a écrit il y a 25 ans.
00:33:38Je l'ai reçue dans un précédent podcast et elle l'a défini
00:33:45comme le fait de remarquer de nouvelles choses. Tout simplement. Voici comment pratiquer :
00:33:50Vous êtes dans le train pour une heure, vous rangez votre téléphone,
00:33:55mains sur les genoux, et vous regardez par la fenêtre. Oui, espèce de fou,
00:34:01vous ne regardez pas votre écran. Il y a un arbre et vous vous dites : “Tiens, un arbre.”
00:34:06Remarquez activement les choses au lieu de remarquer inactivement des choses simulées.
00:34:14C'est ce que vous faites sur votre téléphone. Vous êtes nourri passivement
00:34:20de choses factices toute la journée. Et je sais que vous n'aimez pas ça.
00:34:27Remarquez volontairement les choses réelles : c'est ça la pleine conscience. Pas besoin
00:34:32d'en faire un truc sophistiqué avec SoulCycle ou autre. Vous n'avez pas besoin
00:34:36de tant de complexité, vous pouvez juste vivre votre vie ordinaire.
00:34:44Vous ne changez pas le monde, mais vous remarquez que vous avez lâché prise.
00:34:50Pratiquez la non-résistance à l'ennui car c'est votre amie. Ce que vous faites,
00:34:56c'est décider activement de changer votre réaction par une non-réaction
00:35:04à l'ennui lui-même. C'est le seul changement dont vous avez besoin. Le monde reste le monde,
00:35:09mais vous invitez dans votre vie un processus neurobiologique nécessaire.
00:35:16C'est aussi un processus métaphysique car vous deviendrez une personne
00:35:21plus spirituelle, plus attachée aux choses profondes. Cela enrichira
00:35:26vos conversations grâce aux idées folles qui germeront dans votre tête.
00:35:29Des idées que vous n'auriez jamais eues autrement. Vous ne parlerez plus
00:35:34d'une vidéo stupide vue sur les réseaux sociaux. Vous penserez à ce que
00:35:39vos parents se racontaient tard le soir dans leur dortoir parce qu'ils n'avaient
00:35:44pas de téléphone à regarder. Cela se transformera peut-être en discussions
00:35:49profondes et intéressantes avec votre partenaire. C'est le bénéfice
00:35:53que votre mode par défaut peut vous apporter. Cela peut vraiment changer
00:36:00votre vie, je vous le promets. Ça a changé la mienne. Je suis reconnaissant pour l'épiphanie
00:36:05chez Howard Johnson car elle m'a mis sur une voie qui a porté ses fruits
00:36:11quand j'ai commencé à étudier les sciences du comportement et le sens de la vie.
00:36:16Si vous en voulez plus, c'est dans le livre “The Meaning of Your Life”
00:36:20et sur le site themeaningofyourlife.com pour participer aux événements
00:36:26et rejoindre notre communauté. Avant de finir, je vais prendre,
00:36:30comme toujours, quelques questions d'auditeurs. La première vient de Lulu Wilson.
00:36:35La première question nous vient de Lulu Wilson via Seek Audio. Elle demande :
00:36:42« Que pensez-vous de la théorie de la personne hypersensible ? Est-ce crédible ? Quel conseil
00:36:48donneriez-vous aux jeunes hypersensibles qui grandissent dans un monde accablant qui attend d'eux
00:36:53qu'ils n'aiment que faire la fête et les réseaux sociaux ? » D'abord, il n'est pas nécessaire d'être
00:36:58hypersensible pour être déprimé par le fait que notre culture décline
00:37:02en se focalisant sur des futilités plutôt que sur l'essentiel. Les choses essentielles
00:37:07comptent. C'est pour ça qu'on les appelle essentielles. Et scoop : ce qui traverse
00:37:12votre conscience dans cette simulation n'en fait pas partie. Donc, que vous soyez
00:37:18très sensible ou très insensible, vous devez briser cette spirale infernale dont nous parlions.
00:37:22Mais revenons à la question cruciale de Lulu sur la personne hypersensible, ou
00:37:27HSP dans la littérature, qui est aussi quelqu'un touché par
00:37:33la SPS, connue sous le nom de sensibilité au traitement sensoriel. C'est un peu controversé,
00:37:39vous savez : est-ce que ça existe vraiment ? Je pense que oui. Mais comme tout aujourd'hui, c'est surestimé.
00:37:46La plupart des experts disent que cela concerne entre 20 et 35 % de la population.
00:37:51Quand 35 % de la population a quelque chose, ce n'est plus vraiment une pathologie.
00:37:56C'est juste un trait commun. C'est ainsi que je parle de l'anxiété et de la tristesse à mes étudiants :
00:38:02si vous souffrez de mélancolie répétitive, et bien,
00:38:07c'est ce qu'on appelle la vie sur Terre. Si vous n'en souffrez pas, vous avez besoin d'une thérapie. Mais je comprends,
00:38:13car à des niveaux très aigus, cela peut correspondre à une forme d'invalidité liée à l'anxiété
00:38:19ou à la dépression. Et c'est aussi lié au quotidien. Vous savez, l'un de mes enfants...
00:38:24Un médecin en parlait et je me demandais comment savoir. C'était du genre : il ne supportait pas
00:38:31que la couture de sa chaussette soit mal placée sur son pied. Voilà le genre de choses.
00:38:35Si cela vous pèse, je le comprends et je compatis. Mais voici ce que
00:38:39je veux souligner. La littérature suggère aussi que les hypersensibles ont des super-pouvoirs,
00:38:44et c'est vrai pour toutes les formes de neurodivergence ou même de handicap.
00:38:51Il y a toujours des forces cachées derrière. Les hypersensibles ont tendance
00:38:56à être plus compatissants et prosociaux que la moyenne. Souffrent-ils plus ? Probablement.
00:39:01Mais sont-ils précieux pour l'humanité ? Absolument. Si vous êtes parent d'un tel enfant,
00:39:07c'est ce que vous devez cultiver pour que votre enfant, ou vous-même, puissiez apporter
00:39:14ce dont l'humanité a besoin et réussir en chemin. Que Dieu vous bénisse. Voici une question anonyme.
00:39:19Reçue à l'adresse officehours@authorbooks.com. Merci, l'anonyme.
00:39:24J'en reçois tellement. Elle dit : « J'ai remarqué que beaucoup de gens qui espèrent
00:39:28trouver un partenaire se contentent d'attendre. Ce sont des croyants qui disent : “Je fais confiance au plan de Dieu.”
00:39:35C'est très bien, mais c'est une question théologique. Je ne peux m'empêcher de me demander
00:39:42si cette attente est vraiment ce que Dieu veut pour nous ou si nous devons chercher activement
00:39:46la bonne personne. » C'est un peu au-dessus de mes compétences, cher anonyme.
00:39:53Cela touche à la théologie protestante, à la prédestination contre le libre arbitre,
00:40:00à la participation et au fait que « la foi sans les œuvres est morte » selon l'épître de Saint Jacques.
00:40:08C'est un sujet théologique et philosophique extrêmement dense. Mais voici
00:40:13ma pensée. En tant que croyant traditionnel, pour utiliser un euphémisme,
00:40:18je suis catholique, comme vous le savez, et je vais à la messe tous les jours ; c'est essentiel pour moi.
00:40:22Je crois avoir l'opportunité de participer à la volonté divine pour ma vie. Et même
00:40:29sans être religieux, je croirais en un dessein métaphysique pour ma vie
00:40:33auquel je veux prendre part. Et je crois avoir le libre arbitre d'y participer
00:40:41ou non. Tomber amoureux et le rester en fait partie. Écoutez,
00:40:45cela fait 34 ans que je suis marié. Cette année marquera nos 35 ans avec Mme B.
00:40:50Esther et moi avons les mêmes difficultés que tout le monde. On s'agace parfois prodigieusement.
00:40:54Mais nous participons à ce que nous croyons être la volonté divine : que mon regard
00:40:59se pose sur elle lors de mon dernier souffle. Nous faisons en sorte que ce soit
00:41:04le cas et que ce dernier regard soit empreint d'amour. Pour cela,
00:41:10je participe à la volonté divine en faisant de mon mariage une antenne
00:41:14vers le divin. Et cela implique de s'impliquer dans cette volonté.
00:41:20Il existe un excellent livre pour les croyants, mais aussi pour les autres d'un point de vue
00:41:25philosophique, écrit par Alphonse de Liguori. Je le mettrai dans les notes de l'épisode.
00:41:29Il s'intitule « L'Uniformité avec la volonté de Dieu ». C'est intéressant : beaucoup
00:41:36de religieux disent : « Je m'abandonne à la volonté de Dieu. Pas ma volonté, Seigneur, mais la Tienne. »
00:41:43Ce livre va plus loin, c'est plus profond. C'est : « Seigneur, fais-moi aimer ce que
00:41:49Tu veux. Fais-moi vouloir ce que Tu veux. » C'est l'uniformité avec la volonté divine.
00:41:56Même sans être religieux, des choses vont vous arriver. L'athlète d'élite de la métacognition,
00:42:02dont nous parlons en cours, dans l'émission et dans mes livres, c'est celui-ci :
00:42:07l'athlète d'élite dit : « Je veux ce qui va m'arriver aujourd'hui. Allez-y ! »
00:42:14C'est l'uniformité avec la volonté divine. En êtes-vous capable ? Le livre d'Alphonse de Liguori
00:42:19aide beaucoup. C'est aussi le concept bouddhiste du « désir juste » :
00:42:24désirer ce qui arrive, pas seulement le subir. Ce n'est donc pas une idée purement catholique.
00:42:31Dernière question avant de finir. Anonyme. Encore un autre, d'ailleurs.
00:42:35On dirait que beaucoup de gens appellent leur enfant comme ça de nos jours !
00:42:39« Avez-vous déjà eu peur de gaspiller votre temps et vos talents ? » Écoutez-moi bien.
00:42:44Si j'ai eu peur de gaspiller mon temps et mes talents ? Qu'ai-je fait pour rectifier ça ? Chaque jour.
00:42:50En fait, mon plus gros problème n'est pas de gaspiller mon temps ou mes talents,
00:42:56c'est que j'en ai une peur pathologique, car je suis un accro au succès puissance mille.
00:43:02Cela mène au bourreau de travail et à l'auto-objectivation que je suis. Enfant,
00:43:09j'obtenais l'attention et l'affection en faisant des choses cool, comme avoir de bonnes notes
00:43:14ou jouer du cor d'harmonie comme un pro. Ce n'est pas la faute de mes parents.
00:43:20C'était juste comme ça. Résultat : j'ai programmé mon système limbique sur l'idée
00:43:27que l'amour se mérite, d'où mon addiction à la réussite. J'avais ma dose de dopamine
00:43:33quand je gagnais. J'ai 61 ans et je me bats encore contre ça. Mon problème n'est pas
00:43:37le gaspillage de mon temps, mais la peur maladive de le faire, ce qui me pousse
00:43:41à vouloir marquer des points sans arrêt. Je ne parle pas que de moi, chers compétiteurs.
00:43:46Si vous écoutez cette émission, c'est que vous avez les mêmes problèmes que moi,
00:43:52et ce ne sont pas des problèmes mineurs. Vous réussissez pour une raison, mais vous méritez
00:43:57une vie heureuse et vous devez vous comprendre pour y arriver. Pour moi, cela gâche le plaisir.
00:44:03Rappelons le début de l'émission : le bonheur, c'est le plaisir, la satisfaction et le sens.
00:44:08Aujourd'hui, on parle du sens. J'écris et parle aussi beaucoup de la satisfaction.
00:44:14Mon défi est de profiter de la vie car je veux toujours « marquer des points ».
00:44:19Je dois donc comprendre la vraie nature du loisir. Le loisir, ce n'est pas
00:44:25ce que les Grecs appelaient « acédie », glander sur la plage. C'est une activité productive
00:44:31et génératrice pour laquelle les gens ne me récompensent pas forcément socialement.
00:44:35Le secret est de sortir de ce dilemme, de briser cette cage de fer de l'addiction au succès
00:44:42en apprenant à profiter de la vie. J'écrirai un livre là-dessus un jour,
00:44:46mais je ferai de prochains épisodes pour vous qui êtes comme moi, sur comment savourer la vie.
00:44:50Voilà, nous arrivons à la fin de l'épisode d'aujourd'hui. J'espère qu'il vous a plu.
00:44:54J'espère qu'il a été super ennuyeux pour vous, si j'ose dire.
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00:45:14la métaphysique de Spotify et YouTube, nous sourient davantage et
00:45:21que d'autres personnes découvrent ce contenu dans leur flux. Ils apprendront que
00:45:25c'est une émission utile pour eux aussi. Laissez des commentaires, j'adore ça.
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00:45:54et je vous dis à la semaine prochaine.

Key Takeaway

Pour découvrir le sens profond de son existence, il est impératif d'apprivoiser l'ennui et de limiter les distractions technologiques afin de permettre au cerveau d'activer ses capacités d'introspection naturelle.

Highlights

L'ennui est un outil neurobiologique essentiel pour activer le réseau du mode par défaut (RMD) du cerveau.

L'introspection, nécessaire pour trouver le sens de sa vie, ne peut se produire que lorsque nous acceptons de ne rien faire.

La technologie moderne agit comme un interrupteur qui coupe notre capacité à réfléchir profondément en éliminant l'ennui immédiat.

L'exemple de Léon Tolstoï montre que le sens se trouve souvent dans les aspects ordinaires et démodés de l'existence.

Pratiquer l'ennui volontaire, comme faire du sport sans écouteurs, permet de déclencher des épiphanies créatives.

L'établissement de zones et de moments sans téléphone est crucial pour briser la boucle infernale de l'addiction numérique.

La pleine conscience consiste simplement à remarquer activement les choses réelles plutôt que de consommer passivement du contenu simulé.

Timeline

Introduction et la nature de l'ennui

Arthur Brooks introduit le concept de la quête de sens à travers l'acceptation de l'ennui, une sensation que la plupart des gens détestent. Il explique que notre désir de contrôle se heurte souvent à la réalité de la nature, qui ne se soucie pas de nos préférences personnelles. L'auteur présente son nouveau livre, "The Meaning of Your Life", et souligne que chaque crise de sens représente une opportunité de croissance. Cette section pose les bases de l'émission en invitant les auditeurs à devenir des "professeurs de bonheur". Il insiste sur le fait que l'ennui est une étape obligatoire pour comprendre qui nous sommes réellement.

L'épiphanie chez Howard Johnson et l'aversion pour l'attente

L'intervenant partage une anecdote personnelle de sa jeunesse en tant que musicien de chambre en tournée. Il se souvient avoir réalisé, dans un restaurant Howard Johnson, que ce qu'il détestait le plus était l'acte d'attendre. Après avoir tenté de contourner l'attente par des routines complexes, il a compris que la solution résidait dans le changement intérieur plutôt que dans la modification du monde extérieur. Cette prise de conscience l'a mené à accepter son propre ennui comme un élément constructif de sa vie. Il démontre ainsi que le confort face à l'attente est un pilier fondamental pour accroître son bonheur global.

La science de l'ennui et la perception du temps

Brooks explore les recherches en sciences comportementales, citant des études de Harvard où les participants préfèrent s'administrer des chocs électriques plutôt que de s'ennuyer. Ce phénomène s'explique par notre besoin d'autonomie et notre rejet du contrôle externe. L'ennui crée un paradoxe temporel : le temps semble ralentir quand nous n'avons rien à faire, créant un cercle vicieux de frustration. L'auteur mentionne également le lien entre l'ennui et les addictions, comme l'alcoolisme, utilisé pour fuir ce sentiment désagréable. Enfin, il rappelle que l'évolution a conservé l'ennui car il offre des bénéfices biologiques que nous devons apprendre à exploiter.

Le réseau du mode par défaut et les trois piliers du sens

Cette section technique décrit le fonctionnement du réseau du mode par défaut (RMD), incluant le cortex préfrontal médian et le cortex cingulaire postérieur. Ces structures cérébrales s'activent uniquement lorsque nous ne sommes pas occupés, facilitant l'introspection profonde. Brooks définit les trois piliers du sens : la cohérence (comprendre pourquoi les choses arrivent), le but (nos motivations) et la portée (l'importance de notre vie). Il souligne que les meilleures idées surviennent souvent sous la douche car c'est l'un des rares moments sans distraction numérique. Sans ces phases de repos cognitif, il devient impossible d'évaluer la direction de son existence.

L'exemple de Tolstoï et la vie néo-démodée

L'auteur analyse la crise existentielle de Léon Tolstoï qui, malgré sa richesse et sa célébrité, a failli mettre fin à ses jours à 51 ans. Tolstoï a trouvé le salut en observant la vie simple des paysans russes qui trouvaient du sens dans leur labeur ordinaire et leur foi. Brooks compare cette situation à celle de nos ancêtres, dont la vie quotidienne était monotone mais dont l'existence globale était riche de sens. Il introduit le concept de "boucle infernale" où l'utilisation constante du smartphone empêche l'activation du RMD, menant à une simulation de vie vide. Pour briser ce cycle, il préconise d'adopter un mode de vie "néo-démodé" adapté à l'ère moderne.

Protocoles pratiques : zones sans téléphone et détox numérique

Brooks propose des stratégies concrètes pour limiter l'impact des appareils numériques sur notre cerveau. Il suggère trois moments clés sans téléphone : la première heure de la journée, la dernière heure avant le sommeil et durant les repas. Il explique que la présence d'un téléphone sur la table interrompt la libération d'ocytocine, nuisant ainsi aux liens sociaux réels. Des zones spécifiques comme la chambre à coucher ou les salles de classe devraient être strictement sans écran pour préserver la santé mentale. Enfin, il recommande un jeûne numérique complet de quatre jours par an pour réinitialiser les circuits de la récompense. Ces mesures visent à restaurer la capacité du cerveau à gérer l'ennui de manière productive.

Pratiquer l'ennui et la pleine conscience au quotidien

Pour réintégrer l'ennui dans nos vies, l'auteur conseille de faire du sport ou de voyager sans aucune distraction sonore. Il explique comment le cardio en zone 2 peut favoriser les épiphanies créatives si l'on n'utilise pas d'écouteurs. La pleine conscience est présentée non pas comme une technique ésotérique, mais comme l'acte de remarquer activement son environnement réel. En observant simplement un arbre ou un paysage par la fenêtre d'un train, nous passons d'une consommation passive à une attention volontaire. Cette pratique de la non-résistance à l'ennui enrichit la vie spirituelle et améliore la qualité des conversations avec autrui.

Réponses aux auditeurs : Hypersensibilité et volonté divine

Brooks répond à une question sur les personnes hypersensibles (HSP), soulignant que leur sensibilité au traitement sensoriel est un trait commun doté de "super-pouvoirs" comme la compassion. Il aborde ensuite une interrogation théologique sur l'attente d'un partenaire versus la recherche active, en citant sa propre foi catholique. Il mentionne l'ouvrage d'Alphonse de Liguori sur l'uniformité avec la volonté de Dieu, invitant à désirer ce qui nous arrive. L'idée centrale est de participer activement au dessein métaphysique de sa vie plutôt que de rester passif. Il encourage les auditeurs à faire de leurs engagements, comme le mariage, une connexion vers le divin.

Conclusion : L'addiction au succès et le plaisir de vivre

Dans la dernière partie, l'intervenant confesse sa propre lutte contre l'addiction au succès et la peur de gaspiller son talent. Il explique comment cette quête de validation permanente peut mener à l'auto-objectivation et au surmenage. Le véritable défi pour les personnes performantes est d'apprendre à savourer la vie et à comprendre la nature régénératrice du loisir. Il conclut en encourageant son public à s'abonner et à partager le contenu pour aider les algorithmes à diffuser ces messages utiles. L'épisode se termine sur une note d'espoir, invitant chacun à transformer son rapport à l'ennui pour atteindre un bonheur durable.

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