Une méthode simple pour rompre avec une mauvaise habitude | Judson Brewer | TED

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Transcript

00:00:00Quand j'ai commencé à apprendre la méditation,
00:00:04la consigne était simplement de prêter attention à ma respiration
00:00:07et, quand mon esprit s'évadait, de le ramener.
00:00:09Ça semblait assez simple,
00:00:12pourtant je participais à ces retraites silencieuses,
00:00:15trempé de sueur en plein milieu de l'hiver.
00:00:18Je faisais des siestes de café,
00:00:20et je m'asseyais au milieu de la matinée.
00:00:22Je m'asseyais au milieu de la matinée,
00:00:24et je m'asseyais au milieu de la matinée,
00:00:26et je m'asseyais au milieu de la matinée,
00:00:28et je m'asseyais au milieu de la matinée.
00:00:30Je faisais une sieste dès que possible car c'était un travail vraiment dur.
00:00:33En fait, c'était épuisant.
00:00:35La consigne était assez simple,
00:00:37mais je passais à côté de quelque chose de très important.
00:00:39Alors pourquoi est-ce si difficile de prêter attention ?
00:00:43Eh bien, des études montrent que même quand on essaie vraiment d'être attentif
00:00:46à quelque chose, comme peut-être cette conférence,
00:00:49à un moment donné, environ la moitié d'entre nous s'évadera dans une rêverie
00:00:52ou aura cette envie de consulter son fil Twitter.
00:00:55Alors, que se passe-t-il ?
00:00:59Il s'avère que nous luttons contre
00:01:00l'un des processus d'apprentissage les plus conservés par l'évolution
00:01:03actuellement connus de la science,
00:01:05un processus qui remonte aux systèmes nerveux les plus basiques connus de l'homme.
00:01:08Ce processus d'apprentissage par la récompense s'appelle le renforcement positif et négatif
00:01:13et fonctionne essentiellement comme ceci.
00:01:15Nous voyons de la nourriture qui a l'air bonne.
00:01:17Notre cerveau dit : "Calories, survie."
00:01:20Nous mangeons la nourriture, nous la goûtons, c'est bon.
00:01:23Et surtout avec le sucre,
00:01:24notre corps envoie un signal à notre cerveau qui dit :
00:01:27« Souviens-toi de ce que tu manges et d'où tu l'as trouvé. »
00:01:29Nous enregistrons cette mémoire dépendante du contexte
00:01:33et apprenons à répéter le processus la fois suivante.
00:01:36Voir de la nourriture, manger, se sentir bien, recommencer.
00:01:40Déclencheur, comportement, récompense.
00:01:43Simple, n'est-ce pas ?
00:01:44Eh bien, après un certain temps, nos cerveaux créatifs disent :
00:01:48« Tu sais quoi ?
00:01:49Tu peux utiliser ça pour plus que simplement te souvenir d'où est la nourriture.
00:01:52Tu sais, la prochaine fois que tu te sens mal,
00:01:55pourquoi n'essaierais-tu pas de manger quelque chose de bon
00:01:57pour te sentir mieux ? »
00:01:58Nous remercions notre cerveau pour cette excellente idée,
00:02:01nous essayons cela et apprenons vite que si nous mangeons du chocolat ou de la glace
00:02:05quand nous sommes en colère ou tristes, nous nous sentons mieux.
00:02:07Même processus, juste un déclencheur différent.
00:02:11Au lieu de ce signal de faim venant de notre estomac,
00:02:14ce signal émotionnel,
00:02:16se sentir triste, déclenche cette envie de manger.
00:02:18Peut-être qu'à l'adolescence,
00:02:21on était un peu ringard à l'école,
00:02:23et on voyait ces gamins rebelles dehors en train de fumer,
00:02:25on se disait : « Hé, je veux être cool », alors on commençait à fumer.
00:02:27L'homme Marlboro n'était pas un nigaud,
00:02:31et ce n'était pas un hasard.
00:02:33Voir du cool, fumer pour être cool, se sentir bien,
00:02:37recommencer, déclencheur, comportement, récompense.
00:02:39Et chaque fois que nous faisons cela, nous apprenons à répéter le processus,
00:02:43et cela devient une habitude.
00:02:45Ainsi plus tard, se sentir stressé déclenche l'envie de fumer une cigarette
00:02:50ou de manger quelque chose de sucré.
00:02:53Maintenant, avec ces mêmes processus cérébraux,
00:02:56nous sommes passés de l'apprentissage pour survivre
00:02:57à littéralement nous tuer avec ces habitudes.
00:03:00L'obésité et le tabagisme sont parmi les principales causes évitables
00:03:04de morbidité et de mortalité dans le monde.
00:03:06Alors, revenons à ma respiration.
00:03:08Et si au lieu de combattre nos cerveaux
00:03:12ou d'essayer de nous forcer à prêter attention,
00:03:14nous utilisions ce processus naturel d'apprentissage par la récompense,
00:03:18mais en y ajoutant une variante ?
00:03:20Et si au lieu de cela, nous devenions vraiment curieux de ce qui se passait
00:03:23dans notre expérience du moment présent ?
00:03:24Je vais vous donner un exemple.
00:03:26Dans mon laboratoire, nous avons étudié si l'entraînement à la pleine conscience
00:03:29pouvait aider les gens à arrêter de fumer.
00:03:31Tout comme j'essayais de me forcer à me concentrer sur ma respiration,
00:03:34ils pouvaient essayer de se forcer à arrêter de fumer,
00:03:38et la majorité d'entre eux avaient déjà essayé et échoué,
00:03:41en moyenne six fois.
00:03:42Avec l'entraînement à la pleine conscience, nous avons abandonné la contrainte
00:03:46pour nous concentrer plutôt sur la curiosité.
00:03:49En fait, nous leur avons même dit de fumer.
00:03:52Quoi ? Oui, on a dit : « Allez-y, fumez.
00:03:54Soyez juste très curieux de ce que vous ressentez quand vous le faites. »
00:03:57Et qu'ont-ils remarqué ?
00:04:00Eh bien, voici un exemple de l'une de nos fumeuses.
00:04:02Elle a dit : « Fumer en pleine conscience.
00:04:04Ça sent le fromage fort et ça a un goût de produits chimiques.
00:04:07Beurk ! »
00:04:09Elle savait cognitivement que fumer était mauvais pour elle.
00:04:13C'est pour ça qu'elle a rejoint notre programme.
00:04:15Ce qu'elle a découvert juste en étant curieusement attentive quand elle fumait,
00:04:20c'est que fumer a un goût de merde.
00:04:23(Rires)
00:04:25Elle est passée de la connaissance à la sagesse.
00:04:30Elle est passée du savoir intellectuel que fumer était mauvais pour elle
00:04:33à le savoir au plus profond d'elle-même.
00:04:35Et le charme de la cigarette a été rompu.
00:04:38Elle a commencé à se désenchanter de son comportement.
00:04:42Maintenant, le cortex préfrontal, cette partie la plus jeune de notre cerveau
00:04:46d'un point de vue évolutif,
00:04:48comprend au niveau intellectuel que nous ne devrions pas fumer.
00:04:52Et il fait de son mieux pour nous aider à changer de comportement,
00:04:56pour nous aider à arrêter de fumer,
00:04:57pour nous empêcher de manger ce deuxième, ce troisième, ce quatrième cookie.
00:05:01C'est ce qu'on appelle le contrôle cognitif.
00:05:04Nous utilisons la cognition pour contrôler notre comportement.
00:05:07Malheureusement, c'est aussi la première partie de notre cerveau
00:05:10qui s'éteint quand nous sommes stressés,
00:05:12ce qui n'est pas très utile.
00:05:14Nous pouvons tous nous identifier à cela dans notre propre expérience.
00:05:16On est bien plus enclins à crier sur son conjoint ou ses enfants
00:05:20quand on est stressé ou fatigué,
00:05:21même si l'on sait que ça ne va pas aider.
00:05:24On ne peut tout simplement pas s'en empêcher.
00:05:25Maintenant, quand le cortex préfrontal s'éteint,
00:05:29nous retombons dans nos vieilles habitudes,
00:05:31c'est pourquoi ce désenchantement est si important.
00:05:34Voir ce que nos habitudes nous apportent nous aide à les comprendre plus profondément,
00:05:38à le savoir dans nos propres os,
00:05:39nous n'avons plus à nous forcer ou à nous retenir d'agir.
00:05:43Nous sommes simplement moins intéressés par l'action au départ.
00:05:46Et c'est tout l'intérêt de la pleine conscience.
00:05:48Voir très clairement ce qu'on obtient quand on se laisse piéger par nos comportements,
00:05:53en devenir désenchanté à un niveau viscéral,
00:05:57et à partir de ce désenchantement, lâcher prise naturellement.
00:06:00Cela ne veut pas dire que, pof, on arrête de fumer par magie,
00:06:04mais avec le temps, en apprenant à voir de plus en plus clairement le résultat de nos actions,
00:06:08nous abandonnons les vieilles habitudes et en formons de nouvelles.
00:06:10Le paradoxe ici est que la pleine conscience consiste à être vraiment intéressé
00:06:16et à observer de très près ce qui se passe réellement
00:06:19dans nos corps et nos esprits, instant après instant.
00:06:21Cette volonté de se tourner vers notre expérience
00:06:24plutôt que d'essayer de faire disparaître les envies désagréables le plus vite possible.
00:06:28Et cette volonté de se tourner vers notre expérience
00:06:31est soutenue par la curiosité,
00:06:33qui est naturellement gratifiante.
00:06:34Qu'est-ce que la curiosité procure ?
00:06:36Ça fait du bien.
00:06:39Et que se passe-t-il quand on devient curieux ?
00:06:41On commence à remarquer que les envies sont simplement des sensations corporelles.
00:06:44Oh, il y a de la raideur, de la tension, de l'agitation,
00:06:48et que ces sensations corporelles vont et viennent.
00:06:51Ce sont des morceaux d'expériences de la taille d'une bouchée
00:06:54que nous pouvons gérer instant après instant,
00:06:56plutôt que d'être terrassé par cette envie énorme et effrayante qui nous étouffe.
00:07:02En d'autres termes, quand nous devenons curieux,
00:07:04nous sortons de nos vieux schémas d'habitudes réactifs basés sur la peur
00:07:09et nous entrons dans l'être.
00:07:11Nous devenons ce scientifique intérieur
00:07:14qui attend avec impatience la prochaine donnée.
00:07:18Cela peut paraître trop simpliste pour influencer le comportement,
00:07:22mais dans une étude, nous avons trouvé que l'entraînement à la pleine conscience
00:07:25était deux fois plus efficace que la thérapie de référence pour aider à arrêter de fumer.
00:07:29Donc, ça fonctionne vraiment.
00:07:30Et quand nous avons étudié le cerveau de méditants expérimentés,
00:07:34nous avons trouvé que des parties d'un réseau neuronal de traitement autoréférentiel
00:07:38appelé réseau du mode par défaut étaient en jeu.
00:07:41Une hypothèse actuelle est qu'une région de ce réseau,
00:07:44appelée le cortex cingulaire postérieur,
00:07:46est activée non pas nécessairement par l'envie elle-même,
00:07:49mais quand nous nous laissons emporter par elle,
00:07:50quand nous sommes aspirés et qu'elle prend le contrôle.
00:07:53En revanche, quand nous lâchons prise, que nous sortons du processus,
00:07:57simplement en étant curieusement conscients de ce qui se passe,
00:07:59cette même région du cerveau se calme.
00:08:03Maintenant, nous testons des programmes de pleine conscience sur applis et en ligne
00:08:07qui ciblent ces mécanismes centraux
00:08:10et, ironiquement, utilisent la même technologie qui nous pousse à la distraction
00:08:15pour nous aider à sortir de nos schémas d'habitudes malsains
00:08:17de tabagisme, d'alimentation émotionnelle et d'autres comportements addictifs.
00:08:21Vous vous souvenez de cette histoire de mémoire dépendante du contexte ?
00:08:24Nous pouvons mettre ces outils à portée de main des gens
00:08:27dans les contextes qui comptent le plus,
00:08:29afin de les aider à puiser dans leur capacité inhérente
00:08:32à être curieusement conscients au moment précis où l'envie de fumer ou de manger
00:08:36ou quoi que ce soit d'autre survient.
00:08:37Alors si vous ne fumez pas ou ne mangez pas sous le coup du stress,
00:08:40peut-être que la prochaine fois que vous aurez l'envie de consulter vos e-mails par ennui
00:08:44ou pour essayer de vous distraire de votre travail,
00:08:46ou peut-être de répondre compulsivement à ce SMS alors que vous conduisez,
00:08:50voyez si vous pouvez puiser dans cette capacité naturelle.
00:08:54Soyez juste curieusement conscient de ce qui se passe dans votre corps et votre esprit
00:08:58à ce moment-là.
00:08:59Ce sera juste une autre occasion de perpétuer
00:09:01l'une de nos boucles d'habitudes sans fin et épuisantes
00:09:04ou d'en sortir.
00:09:06Au lieu de : voir le SMS, répondre compulsivement,
00:09:08se sentir un peu mieux,
00:09:10remarquez l'envie,
00:09:12devenez curieux,
00:09:13ressentez la joie de lâcher prise
00:09:15et recommencez.
00:09:16Merci.
00:09:18(Applaudissements)

Key Takeaway

L'utilisation de la curiosité pour observer les résultats réels et les sensations physiques d'une habitude est deux fois plus efficace que la volonté pure pour rompre les boucles de comportements addictifs.

Highlights

Le processus d'apprentissage par la récompense repose sur une boucle biologique simple : déclencheur, comportement et récompense.

L'entraînement à la pleine conscience s'avère deux fois plus efficace que les thérapies de référence pour l'arrêt du tabac.

Le cortex préfrontal, responsable du contrôle cognitif, est la première zone du cerveau à se déconnecter sous l'effet du stress.

L'observation curieuse des sensations physiques réduit l'activité du cortex cingulaire postérieur, une région clé du réseau du mode par défaut liée aux addictions.

Le désenchantement viscéral vis-à-vis d'une habitude remplace la nécessité de la volonté ou de la force par un lâcher-prise naturel.

Timeline

La mécanique de l'apprentissage par la récompense

  • Le renforcement positif et négatif est un processus d'apprentissage archaïque conservé par l'évolution.
  • Le cycle déclencheur-comportement-récompense mémorise les solutions de survie comme la recherche de calories.
  • Le cerveau détourne ce système de survie pour réguler les états émotionnels négatifs.

L'apprentissage commence par l'identification d'une source de nourriture récompensée par du sucre et de la dopamine. Le cerveau enregistre ce contexte pour répéter l'action. Avec le temps, des signaux émotionnels comme la tristesse ou la colère remplacent la faim physique comme déclencheurs. Fumer ou manger du chocolat deviennent alors des comportements répétés pour obtenir un soulagement temporaire.

Le passage du savoir intellectuel à la sagesse viscérale

  • La curiosité remplace la contrainte dans le processus de modification du comportement.
  • L'observation attentive révèle la réalité sensorielle souvent déplaisante des mauvaises habitudes.
  • Le désenchantement permet de rompre le charme d'un comportement addictif.

L'attention portée au moment présent transforme la perception d'une habitude. Une fumeuse pratiquant la pleine conscience réalise que la cigarette a un goût de produits chimiques et une odeur de fromage fort. Cette découverte sensorielle dépasse la simple connaissance cognitive que fumer est dangereux. Le sujet cesse de se forcer à arrêter pour devenir naturellement moins intéressé par l'action.

Les limites biologiques du contrôle cognitif

  • Le cortex préfrontal gère le contrôle conscient mais s'avère fragile.
  • Le stress provoque l'arrêt fonctionnel immédiat de la région cérébrale du raisonnement.
  • La compréhension profonde d'une habitude rend la résistance volontaire inutile.

Le cortex préfrontal est la partie la plus jeune du cerveau humain et comprend rationnellement les risques pour la santé. Cependant, la fatigue et le stress désactivent cette zone, ramenant l'individu vers ses réflexes automatiques. En comprenant les conséquences d'une habitude « dans ses propres os », l'individu n'a plus besoin de lutter contre ses envies. Le lâcher-prise devient une conséquence naturelle de la clarté de vision.

La curiosité comme outil de déconditionnement

  • L'envie irrépressible se compose de sensations corporelles gérables telles que la tension ou l'agitation.
  • Le réseau du mode par défaut se calme lorsque l'on observe une pulsion sans y succomber.
  • La curiosité est une récompense intrinsèque qui facilite la sortie des boucles de réaction.

Traiter les envies comme des données scientifiques permet de les fragmenter en petits morceaux d'expériences digestes. Des études sur les méditants montrent que le cortex cingulaire postérieur s'apaise lors de cette observation curieuse. Cette méthode s'applique aux comportements modernes comme la consultation compulsive des e-mails ou des SMS au volant. Remplacer la réponse automatique par la joie du lâcher-prise instaure une nouvelle boucle d'habitude saine.

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